Categories: Editorial
      Date: mai 27, 2008
     Title: 1ère partie : Les Arts Plastiques Algériens confrontés à leur histoire par Ammar ALLALOUCHE
"Les seules tentatives faites pour trouver des solutions sont restées inachevées laissant des problèmes fondamentaux dans l’ombre ou ne les abordant que de manière partielle et limitée et choisissant plutôt – en l’absence de véritables espaces démocratiques d’expression – l’exclusion."


« La nature est belle quand elle a l’aspect de l’art, et l’art ne peut être appelé beau que si nous avons conscience que c’est l’art » Emmanuel Kant

« Le rôle de l’art est très important . Parce qu’il permet de trouver un langage pour exprimer tout ce qui est nouveau, tout ce qui n’est pas encore exprimé ». Kateb Yacine 

Les Arts Plastiques Algériens confrontés à leur histoire et leur réalité du Tassili à nos jours et leur rôle de médiation dans les destinations méditerranéennes entre spécificités et mondialisation.



dos d'âne - Ali Kâ


«L’art s’adresse à l’esprit et non aux yeux. C’est sous cet angle qu’il a toujours été considéré par les sociétés primitives »

Que devons-nous laisser filtrer de l’expression « Arts Plastiques », si ce n’est définir un sens d’interprétation harmonieux de tout ce que crée la pensée jusque dans les confins de sa profondeur.

Les Arts Plastiques, que les temps modernes ont désigné ainsi ne sont que le reflet authentique de l’histoire de la société humaine depuis l’infime époque où  la notion du monde n’était encore que mystère à un cycle de générations.

On ne peut déterminer d’une façon approximative la naissance des Arts Plastiques ce qui serait prétentieux d’ailleurs, car ce serait situer une période de transition qui n’a jamais existée.

Sa naissance remonte au-delà des limites de la mémoire des premières des premières pensées révolutionnaires, vécues après les époques préhistoriques, elle coïncide avec celle de l’homme qui a raisonné et qui a commencé à se découvrir.

De cette pierre, qui a été le vrai visage d’une révolution, l’homme primitif en a fait d’abord une arme de chasse, de guerre, ect… et en même temps une « plume » pour graver des scènes, donner une image, des courants de l’histoire. Aussi, sans le savoir, l’homme de la préhistoire a été le premier artiste ; et à travers ses empreintes, il nous a laissé des tableaux vivants très expressifs de son temps. Ses œuvres ont demeuré et n’ont pas été effacées par les siècles . Nous les retrouvons aujourd’hui dans les grottes.

Dans celles du Tassili par exemple, et sur les falaises même, se superposent plusieurs époques de peintures correspondant aux diverses civilisations qui se sont succédées : civilisation de chasseurs, civilisation néolithique contemporaine des Romains.

Chaque civilisation du Tassili correspond à un climat favorable, humide et verdoyant et les motifs des fresques sont pour les chasseurs un emblème de leurs activités, tels les rennes, bisons, etc…, chaque couche sociale avait en quelque sorte ses objectifs particuliers. Pour les agriculteurs ce fut les troupeaux, les bergers, de nombreuses races animales (bovins, mouflons, antilopes, autruches). La dernière période, ce fut celle des chevaux, des chars, des éléphants, des girafes, des chameaux.

Néanmoins, il existe aussi d’autres sujets difficiles à classer, ce sont des représentations de dieux, de déesses, de personnages masqués et de jeux – Sujets que l’on peut comparer à ceux que fournit la vie de certaines peuplades d’Afrique ( à savoir une influence égyptienne.)

 Les couleurs employées sont les mêmes que celles des Egyptiens (blanc, ocre, brun, et des tons clairs comme le bleu de pastel).       

Cependant l’époque néolithique demeure la meilleure de par son importance. On a trouvé au Sahara et à travers le pays, des sculptures néolithiques représentant des divinités et des animaux que l’on peut actuellement voir exposés au Musée du Bardo.

Depuis ce qui ont été les prémices d’un langage, ont fructifié l’esprit primitif de l’homme car au fil des temps, l’écriture fut aussi découverte (Hiéroglyphes) etc…) ce qui a complété le caractère expressif des traces laissées.

Aussi l’art commençait à connaître sa véritable expansion qui a marqué les

époques de la vieille Egypte, de la Grèce antique, ( 5ème siècle).

Aussi pour voir arriver l’avènement de l’art, il a fallu attendre l’époque de la renaissance et peut-être même avant celle du moyen âge pour qu’il prenne une  ampleur concrète. Ce fut bien entendu un départ fulgurant qui depuis a laissé dans l’histoire des noms de grands peintres.

Ainsi de l’homme primitif jusqu’à nos jours, c’est tout un cycle d’évolution, traduit à travers les fresques, gravures, peintures. Le premier homme n’a pas par hasard porté à matérialiser ses idées, à traduire ses pensées ineffables pour marquer une première étape dans son évolution.

Ainsi serait-ce anticiper, que de dire que l’art plastique est né en même temps que l’homme puisque l’entité même de cet art, est comme il a été découvert, a été et le sera toujours intimement lié à la pensée humaine.

L’art donc n’a pas gravité uniquement autour de certaines époques. Il a observé une métamorphose dans l’expression. Devenu « Art moderne », il est maintenant à caractère polyvalent, c’est-à-dire du réalisme, il est passé aujourd’hui au métaphysique cela est dit bien entendu à l’affinité en mutation dugoût.   

Comment peut-on avoir un rendez-vous avec un concept abstrait qui n’est qu’une représentation de l’esprit humain ? Ce n’est que l’activité de l’esprit humain qui ramasse dans les récits ces groupements complexes que nous appelons des événements. Ces faits sans notre intervention intellectuelle, ne s’appellerait pas l’histoire.

L’histoire est un théorème indémontrable. Elle est l’enfant de notre seule pensée, de notre besoin d’interrogation, d’explication et de synthèse. Comment pourrions-nous éprouver ce besoin si l’histoire qu’elle soit collective ou individuelle, ne pouvait pas, à tout instant devenir autre qu’elle n’est ? Comment pourrait-elle préexister à notre action et à notre réflexion ; alors qu’elle en est le résultat ?         

Par quel moyen serait-elle en position de nous donner des rendez-vous avant que nous créée ?.       

L’histoire ne fixe aucun rendez-vous. Seul l’homme peut se fixer des rendez-vous à lui-même, et seul, il a le pouvoir de s’y rendre.  

Or, si rénover est inconvenant sans se rénover, c’est-à-dire sans remise préalable et totale de soi-même en question (car il s’agit moins de rénover et de créer que de se créer) l’identité culturelle en particulier ne pourrait être que le point de départ d’une telle rénovation.

Les Arts Plastiques en Algérie

A proprement parler, les Arts Plastiques en Algérie ont eu le même point de départ qu’ailleurs, puisque les découvertes faites par exemple dans les grottes du Tassili ont témoigné de la similitude des époques étudiées. Mais à une certaine époque, peut-être récente, l’Art Algérien si l’on ose dire, s’est estompé à la veille de la colonisation.    

 A l’indépendance, un devenir improbable se précise pour lui, si l’on tient compte de la précarité des conditions dans lesquelles il évolue.

Cette décadence, ne lui a pas fait perdre pour autant sa place dans le Chapitre Culturel mais n’empêche que durant cette aliénation ceci par manque de force de coercition, sans doute et qui, en principe trouve son origine dans ce retard auquel il n’a pu échapper. Au demeurant, il n’est pas exclu que l’art a trouvé l’Algérie pour berceau. Mais depuis que l’époque coloniale a tari les sources d’inspiration, une tombe s’est elle-même creusée pour le faire disparaître. Ainsi s’explique le pourquoi de l’ignorance des Arts Plastiques en Algérie et même dans tout le Maghreb.

 « Peut-être est - ce le fait que les musulmans aient rompu depuis le XII ème siècle avec la raisonnement philosophique et la raison critique. Or pourquoi y eut-il cette rupture? D’où vient qu’Averroes (Ibn Rochd) n’a pas eu de descendants dans le monde Arabo- Musulman. Comment expliquer les absences actuelles d’un vrai discours dans le monde arabe.

 Cette rupture a pour cause d’abord, l’émergence de l’Europe à partir du XIII ème siècle ; le fait, ensuite, que peut-être les musulmans se sont moins préoccupés de l’évolution des idées dans le monde que de la lutte interne entre théologiens puristes et interprétations confrériques, la longue période de domination ottomane, enfin responsable du « blocage » de la pensée.

Il faudra attendre le XIX ème siècle pour que les orientalistes commencent à défricher cette pensée et non les musulmans eux-mêmes.  

 «  Les lieux de transmission de la pensée ont disparu en terre musulmane, et s’il n’y a pas moyen de les y recréer, il faut les vivifier en dehors des frontières plus précisément en pays démocratiques » Med  Arkoune . 

Dans le passé trouble de la colonisation, l’usurpateur a presque réussi à imprégner jusqu’aux os sa propre civilisation en essayant de détruire tout ce qui est personnalité algérienne interdisant aux Algériens de s’abreuver de l’art.  

Néanmoins ce climat dissolvant, a sinon annihilé du moins empêché l’extension d’une culture algérienne, d’où la malheureuse conséquence d’un public profane dans l’art de la configuration.        

Y a- t-il eu des peintres algériens qui se sont manifestés dans cette atmosphère d’étouffement ? aucun pour ainsi dire ou peut-être quelques uns demeurés obscurs ; des peintres naïfs qui n’ont pas réussi à franchir faute de moyens «édifiée par le coup de force de l’usurpateur ».                

Ce n’est qu’à la fin des années quarante et le début des années cinquante que virent apparaître de nombreux artistes et écrivains algériens.

L’oppression coloniale, qui niât la volonté algérienne de vivre libre, avait provoqué un désir d’expression très puissant. Une nouvelle génération de peintres à l’instar d’écrivains, engagea la peinture algérienne dans une nouvelle voie.

Malgré les longues oppressions, les frustrations multiformes, l’algérien a toujours fait preuve d’une imagination fertile.

Ainsi l’oraison funèbre de l’art pictural allait-elle être chantée ? Heureusement non, la personnalité de la peinture algérienne a survécu nonobstant les efforts de destruction grâce à Mohamed Racim et de ses disciples, Mohamed Temmam, Bachir Yelles, Ali Khodja, Choukri Mesli, M’hamed Issiakhem et tant d’autres …

Issu d’une famille de peintres ( artisans dans l’art traditionnel ) Racim a ranimé cette flamme à travers ses miniatures dont nous ne cesserons de faire les panégyriques les plus ardents. A travers ses oeuvres dont le goût et le raffinement l’emportent de loin sur la vision d’artiste. Racim se dévoile à la fois en peintre, historien et grand intellectuel, puisque la philosophie entre autres, était aussi sa littérature.

Sa carrière de peintre miniaturiste a été l’illustration de l’histoire algérienne dont la source d’inspiration n’est que le relief dégagé de la vie quotidienne. Il a également illustré des ouvrages de l’artiste El Hadj Naçir Eddine Dinet avec lequel il était fortement lié.

Ses œuvres ont trouvé audience dans certains musées du monde.

Son style miniaturiste puise son fond dans la conception persanne. Un style qu’il a reconverti pour lui donner le cachet typiquement algérien.

En plus de ses miniatures, ses paysages et son réalisme ont suscité de favorables échos . Œuvres qui ont été exposées à travers le monde.

Immortalisé par ses œuvres, Racim le sera à travers les Emules qu’il avait formées, pour assurer la continuité de son art. Parmi quelques uns de ses élèves (cités ci-dessus) qui ont constitué en quelque sorte, après 1962, un noyau de pionniers qui a insufflé les premières énergies pour la relance de la peinture algérienne.                   

Ces aînés si on peut les considérer ainsi, ont été peut-être, à la faveur d’un privilège concédé à l’Ecole des Beaux Arts d’Alger qui était dans le temps une véritable citadelle réservée uniquement aux Français d’Algérie (Pieds Noirs). Mais ces jeunes peintres parmi lesquels Issiakhem , Choukri Mesli et tant d’autres, pour parfaire leur formation  ont quitté le sol natal et se sont exilés à l’étranger. Un avenir encourageant ne se dessinait pas en effet pour eux en Algérie, car faudrait-il aussi mettre en évidence l’esprit ségrégationniste très virulent qui a été le trait dominant dans le caractère de la colonisation.                                

Ainsi loin de leur terre, de leur histoire, ces jeunes peintres ont évolué sous l’influence d’un style étranger à leur conception.             

Ce n’est qu’en I962 à leur retour en Algérie qu’ils firent la reconversion de leur style, en prenant comme source d’inspiration, les tableaux encore vivants de la révolution et de l’indépendance du pays.        

Leur retour a été les débuts d’un départ prometteur, de la peinture algérienne. Les premières toiles ont apparu, des peintres se sont faits connaître.         

En somme, la période qui suivit la libération n’était que l’atmosphère surchauffée d’une situation de laquelle dépendrait l’extension de la peinture. Néanmoins, en fonction de cette même situation, elle commençait à surmonter progressivement les difficultés contingentées.

L’ECOLE NATIONALE D’ARCHITECTURE ET DES BEAUX ARTS D’ALGER   -   E N A B A

La conséquence directe de cette relance a été bien entendu la rénovation de l’Ecole des Beaux Arts qui après I962 est venue de droit supplanter l’école défunte réservée comme nous l’avions dit plus haut, aux seuls Français d’Algérie. Cette Ecole, bien sûr a assuré tant bien que mal son démarrage. Elle a dû faire face à certains problèmes en particulier par la pénurie de cadres enseignants. Mais il n’en demeure pas moins, qu’elle a réussi à parvenir au but, en produisant une première promotion d’artistes initiés dans les différentes disciplines, et des architectes , d’ailleurs ce qui a permis à ces deux disciplines et voire même trois en greffant la section Arts appliqués – ( Enluminure et miniature ) de se diluer.

Peu à peu le temps aidant, l’Ecole Nationale  des Beaux Arts et d’Architecture,  grâce à la maîtrise d’une excellente gestion de Mr le Directeur de l’époque en l’occurrence Mr Bachir Yelles lui-même Artiste et disciple de Racim et tant d’autres et grâce aussi aux efforts consentis par les enseignants nationaux et étrangers, affermit ostensiblement son rôle dans la culture en organisant elle-même à Alger différentes expositions, qui ont permis de faire connaître des jeunes talents et des architectes qui ont bénéficié eux aussi d’un encadrement de haut niveau.        

D’autres Ecoles Municipales des Beaux Arts à travers le pays sont devenues des annexes de l’Ecole des Beaux Arts d’Alger de l’époque avant qu’elles ne soient élevées au statut des écoles régionales lors de la création de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts d’Alger.                                

Mais au demeurant, les débuts prometteurs n’expliquent en rien encore la culminance de la peinture algérienne, d’autant plus qu’elle ne se situe qu’au stade de la recherche pour se forger une personnalité et échapper à l’influence étrangère.             

Son orientation, s’exprime par la concrétisation et la révolutionisation qui font ressortir les principes fondamentaux de l’option politique d’ailleurs. L’élargissement de la notion d’activité créatrice, s’institue donc au niveau de l’édification socialiste du pays à l’époque.           

Seulement pour cristalliser les espoirs, une attribution des moyens adéquats s’impose. Avant de mettre en exergue les problèmes ayant trait à l’organique pictural, il y a tout lieu de faire intervenir le manque de collaboration étroite entre les artistes, survenu dans les débuts et qui a quelque peu retardé la progression de la productivité. Ceci d’ailleurs n’a joué qu’un rôle mineur, puisque les principales et latentes difficultés d’ordre matériel demeurent et constituent toujours un obstacle à l’évolution des Arts Plastiques. Ce qui suppose l’absence de stimulants pour un esprit pour un esprit de recherches, de pensées fertiles qui caractérisent et conditionnent la vie d’artiste. Ces difficultés nous les retrouvons chez les littéraires, les artistes de théâtre, de musique , de cinéma … et qui se présentent  avec elles une similitude tout autant frappante.

AINSI  NAQUIT  L’U N A P      

Dans cette atmosphère de contestation, les artistes peintres ont manifesté leur désir de s’unir pour donner plus de poids à leurs revendications, ainsi naquit en I963 l’Union Nationale des Arts Plastiques (U N A P), association groupant tous les artistes se consacrant aux Arts Graphiques et Plastiques. Malgré la somme énorme de difficultés qu’elle a elle-même rencontré, l’UNAP, a au niveau des efforts consentis, jouer un rôle prépondérant. Mais les modestes contributions pour le rayonnement pictural, n’ont permis de faire disparaître qu’une partie de stigmates d’un début houleux.                          

Dés sa création, l’Union Nationale des Arts Plastiques a œuvré pour la mise en valeur des différentes formes d’expression esthétiques de l’étude des conditions intéressant les artistes ainsi que la promotion de toutes les réformes jugées utiles à leur défense. Elle a réussi en somme de dépasser les querelles intestines et s’efforce en fonction de ses moyens à donner un large horizon de possibilités d’expressions contenues bien entendu dans le contexte régi par l’option socialiste.                

Pour faire connaître l’Art Algérien, l’UNAP a organisé différentes manifestations nationales et internationales, rivalisant avec les plus grandes galeries d’ailleurs.              

Nonobstant, on lui reproche pourtant une certaine insuffisance de manifestations nationales mais par voie de conséquence, cette résultante, nous le savons est motivée par les problèmes financiers, qui constituent un frein de développement de l’Union.

La création des sections de l’UNAP à l’époque des années soixante inspire toujours à une multiplicité à travers le pays, ambition première pour pénétrer les couches sociales . Seulement les moyens d’élargir les connaissances de l’art à leurs dimensions sont limités. L’UNAP ne dispose pas à proprement parler d’infrastructures d’accueil pour les manifestations culturelles, si ce n’est celle d’Alger qui diffuse l’inspiration.                                 

L’intéressement manifesté à l’égard de la culture vient étayer les aspirations de l’artiste peintre qui n’a foi qu’en la matérialité de son œuvre. L’artiste algérien, quelle que soit la situation matérielle ou autre dans laquelle il évolue se met « martel en tête » et cela bien sûr demeure tout a fait légitime ; surtout lorsque l’on attend de lui beaucoup de travail, de recherches pour arriver à doter la peinture algérienne d’une personnalité propre.         

Ce qui suppose œuvre engagée à l’avant-garde de la vie culturelle pour mettre sa peinture à la disposition de la masse.

C’est seulement ainsi que s’effectuera une meilleure diffusion de l’art, qui fera parallèlement annihiler les disparités entre couches sociales, faisant auparavant, réserver cette culture à une secte bourgeoise. D’ailleurs privilège très mal contenu dans un contexte socialiste de l’époque.                                                                     

Pour en revenir à l’Union des Artistes, l’effort qu’elle a prodigué pour la culture à l’échelon national n’est juste suffisant que pour justifier sa raison d’être, mais cela n’empêche qu’elle n’a cessé de diffuser l’art algérien à travers le monde compte tenu de la politique internationale de l’Algérie.

Au niveau de leur production, (les artistes) s’institue la volonté de faire plus, de produire des œuvres à l’instar de l’art moderne tout en tenant compte des spécificités du pays, mais au fil du temps la grande question était : « quel art pour l’algérie ? Devait-on suivre la voie tracée par la tradition occidentale ou plutôt penser et organiser l’art autrement », cette question a été soulevée dans un catalogue lors d’une exposition organisée par l’UNAC (Union Nationale des Arts Culturels) dans les années 9O.

L’UNAP  RELAYEE PAR L’UNAC

La différence entre l’UNAP et l’UNAC n’existe pas si ce n’est dans les temps qui ont changé et si cette différence existe c’est que l’UNAC est devenue héritière de l’UNAP avec en plus d’autres secteurs culturels confondus qu’on lui a greffés et qui n’ont fait que fragiliser son autonomie de gestion et rendre sa mission difficile.

Peut-on déjà parler de la stratégie de l’UNAC ?

si oui, comment la définir, l’évaluer par rapport au passé de l’UNAP et par rapport aux changements actuels ?. Quelles perspectives théoriques et pratiques une telle remise en situation et remise en question , dégagent – elles pour les artistes jusqu’aux avant-gardes les plus présentes, bien, des œuvres, des actions, des rêves.

Le fait de changer de dénomination, dans le passage de l’UNAP à l’UNAC a-t-il apporté quelque chose de nouveau lorsque on sait que l’effort en matière de politique culturelle consenti par le Conseil Culturel Consultatif constitué par des intellectuels en I99O, n’a nullement changé les choses et les projets proposés par ce conseil n’ont jamais été mis en chantier. Cette situation a engendré de nombreux malentendus favorisant un statu-quo trop préjudiciable à la production et à la connaissance.

L’UNAP avant son éclatement s’ordonne selon un seul discours au temps du parti unique. En devenant UNAC , elle s’ordonne selon plusieurs discours d’un pluralisme politique mais qui a proposé, chemin faisant sa propre diffusion de la culture, ou plutôt des cultures, nous livre la présentation de maints jeunes artistes et tente ce qui pourrait être une approche des rapports entre les artistes des trois générations, mais aussi pour sa quête.

Participante dans le contexte des activités culturelles et artistiques.

L’UNAC s’est trouvée confrontée durant la décennie noire sept ans après sa fusion avec tous les secteurs culturels confondus et souffrant déjà de la charge culturelle qu’elle assumait pour jouer le rôle de transmission entre ces structures culturelles, elle s’est trouvée presque incapable de surpasser les difficultés contingentées pour se livrer à des performances dans l’ordre d’une culture nationale. La violence s’était instaurée dans tout le pays. Le spectre de la mort régnait. La communication des œuvres se trouvant presque coupée entre les artistes mais cela n’a pas empêché l’UNAC en dépit de ce syndrome auquel toute l’algérie était confrontée de relever les défis en diffusant les lueurs d’une culture qu’on a voulu occultée et détruire et jamais encore déjà plus de vingt années, l’UNAC n’avait été aussi présente sur la scène culturelle.

L’effort consenti par l’UNAC demeurait louable. Le défi est lancé et on pourrait en dresse un inventaire dont l’ensemble composerait une évidente réussite, si seulement on se rendrait compte des efforts que l’UNAC  a consentis pour traduire sa lutte et manifester son existence.

L’UNAC s’est inspirée de l’expérience unique de sa lutte pour l’équilibre, pour décider du rôle qu’elle devait jouer sur la scène nationale et internationale ayant pour devise : « Pour une Algérie unie et solidaire » et qui a pour buts essentiels :                   - De sauvegarder les intérêts des artistes - D’inciter à la création des espaces culturels à travers le territoire- De sensibiliser les sections de l’UNAC  implantées à travers le territoire national pour une meilleure prise en charge des Arts Plastiques- D’encourager les courants artistiques qui sont confrontés par les rapides progrès des techniques industrielles qui sont à l’origine des réalisations modernes et à partir desquelles il fallait découvrir une expression contemporaine.-  D’œuvrer à l’instauration du dialogue et de la paix entre les peuplespour favoriser le développement artistique.-  De faire face aux défis multiples que lance la mondialisation-  Pour la création d’une tribune méditerranéenne comme banque de :           - donnée          - Plaidoyer pour une méditerranée unie et solidaire

          - Et comment être un facteur pour l’édification d’un espace culturel  Maghrébin , pour une meilleure place de l’art arabo-musulman en Occident et pour un dialogue des cultures entre les deux rives de la  Méditerranée qui a vu naître les trois religions monothéistes.

L’UNAC puise encore plus aujourd’hui presque tous les thèmes de la quête arabe à l’occasion de l’année culturelle arabe 2007 en Algérie. L’UNAC les aura vécus, elle les vit encore aujourd’hui à son haut degré de brûlure et de courage pour trouver les échos les plus retentissants.

POUR UN ESPACE D’EXPRESSION

Le superficiel et l’idéologique l’ont toujours emporté sur le culturel sans que l’on puisse jamais parvenir à une vision globale, mieux étudiée et allant au – delà des clichés !

Nous sommes passés d’un parti unique au pluralisme et malgré tout pluralisme l’espace d’expression culturelle a toujours été un champ de batailles interminables de passions et de luttes souterraines.

Aujourd’hui trois fronts se confrontent sur le plan Linguistique. Certains partis politiques s’entredéchirent pour des intérêts qui, au lieu de servir le pays ne visent que leurs intérêts et n’hésitent pas à dévoyer tout ce qui est culturel, tout ce qui artistique.

L’espace d’expression des arts est fondamentalement lié à l’ambiguïté historique du statut de l’artiste, car cet artiste reste toujours confronté au problème de l’absence d’un statut qui le protège et lui garantit ses droits dans un pays traversé à la période contemporaine par un certain nombre de questions et d’incompréhensions auxquelles il n’a jamais été possible de remédier véritablement.


Les seules tentatives faites pour trouver des solutions sont restées inachevées laissant des problèmes fondamentaux dans l’ombre ou ne les abordant que de manière partielle et limitée et choisissant plutôt – en l’absence de véritables espaces démocratiques d’expression – l’exclusion.

Il est évident que les raisons sont justifiées par l’absence de débats véritables et de critiques objectives, il y a comme un laissez – aller et une désertification de la créativité : nous assistons à un désordre dû au manque de typologie et de compartimentations artistiques, les artistes s’auto-classifient car il n’ y a pas de décryptage et de décodages dans le système artistique…ni de commissions d’évaluation, aucune politique culturelle n’a été abordée jusqu’ici ou plutôt les tentatives étaient très limitées. La critique en Algérie a souvent été une critique linguistique (du texte) ignorant la critique de l’œuvre elle-même, en l’occurrence les Arts Plastiques, le théâtre, le cinéma, le dialogue, et le Public. Elle est très limitée et obéit à nombre de considérations.

« Comment se positionner où se reclasser culturellement dans le nouveau contexte de la mondialisation » quand on sait que la seconde guerre mondiale a marqué une profonde rupture dans la vie artistique en Europe d’abord par les bouleversements qu’elle a provoqués, mais aussi parce qu’elle a entraîné de façon un peu plus prévisible un  profond reclassement.

On prend alors conscience que la génération, celle de Khadda, Issiakhem, Kateb Yacine et les autres qui, ayant vécu le massacre du 8 Mai I945 de milliers d’algériens et la période des années Cinquante de la guerre d’Algérie n’avait à peine la Vingtaine. Aussi quelles que soient la jeunesse et la vigueur de leurs œuvres, ces deux artistes ont marqué l’histoire de la peinture algérienne comme Kateb Yacine qui à partir de son destin marqué profondément par les massacres du 8 Mai I945 à Sétif, Kherrata et Guelma qu’il a vécus à la fois comme témoin et victime qui sont sans aucun doute, à l’origine de son œuvre et de son combat a marqué l’histoire de la littérature algérienne. S’il a été emprisonné alors qu’il avait à peine 16 ans, c’était pour l’amour de ce pays qui pleure ses intellectuels aujourd’hui. Déjà à 17 ans Kateb tient une conférence à Paris sur l’Emir Abdelkader face à un auditoire de lettrés tenu en haleine. Kateb imprégné des cultures berbère, arabe et française était aussi un grand ami des arts et compère de M’hamed Issiakhem . N’est ce pas lui qui disait que  « Le rôle de l’art est très important. Parce qu’il permet de trouver un langage pour exprimer  tout ce qui est nouveau, tout ce qui n’est pas encore exprimé. (à suivre)

A
mmar ALLALOUCHE
allaloucheammar@yahoo.fr