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Pause café

06/02/2010

Smaïl Metmati : «La calligraphie berbère, un art pour ressusciter le tifinagh»


"Je suis en train de préparer un ouvrage en tifinagh, et sur l’art calligraphique en tifinagh. C’est un livre d’initiation à la calligraphie berbère. Vous trouverez dans cet ouvrage des choses très importantes qui permettent d’apprendre l’écriture tifinagh et la langue tamazight, de découvrir et apprendre la calligraphie berbère en même temps."

Catégorie : Pause Café
Smaïl Metmati, calligraphe à Algérie news

Metmati est calligraphe d’expression berbère. Actuellement il est sur un livre d’expression amazighe sur l’initiation à la calligraphie berbère. De cet art calligraphique, ce qui nous vient d’emblée à l’esprit, c’est la calligraphie arabe, chinoise … Dans cette exposition, on découvre une autre calligraphie, c’est celle de la langue tamazight, à savoir le tifinagh.



Pouvez-vous vous présenter, nous présenter cet art et nous expliquer votre choix de tifinagh dans votre art ?

Smaïl Metmati est artiste peintre, né le 1er mai 1964 à Tazmalt - wilaya de Béjaïa, je suis artiste qui aime passer tout son temps chez lui à Tazmalt. J’ai fait mes études à l’école des Beaux-Arts d’Alger. J’ai eu mon diplôme en 1987. Dans cette école, j’ai étudié le dessin, la peinture, la sculpture, la miniature, la calligraphie arabe... Durant tout le temps que j’ai passé dans cette école et dans tout ce qui j’ai appris, j’ai constaté que la calligraphie arabe, chinoise et d’autres calligraphies prédominent. Je me suis donc posé une question, pourquoi pas la calligraphie berbère ? Par la suite j’ai commencé à faire mes propres recherches dans l’objectif de faire de Tifinagh une calligraphie qui exprime l’identité et la culture berbère. Des recherche sur les caractères alphabétiques de tifinagh, l’histoire de l’écriture dans notre pays, et j’ai par la même occasion consulté plusieurs ouvrages. Notamment des visites que j’ai effectuées dans le Sahara algérien. Là-bas j’ai découvert concrètement que le tifinagh est transcrit dans les sites rupestres du Tassili et d’autres endroits de notre vaste pays. J’ai compris finalement que l’écriture berbère existe bel et bien et a ses propres caractères, par conséquent je pouvais du coup l’exprimer dans mon art calligraphique.


Vous avez fait un travail de recherche sur cette écriture ancienne. Comment avezvous réussi à la «calligraphiser»?

De mes recherches, j’ai déduit qu’aucun chercheur n’a consacré un travail aux caractères du tifinagh. Aucun ouvrage ou source sur la calligraphie berbère n’ont été mis à ma disposition. Comme j’ai fait des études approfondies dans la calligraphie arabe avec toutes ses dimensions et ses mesures, j’ai donc commencé à faire la même chose pour les caractères tifinagh de notre langue. J’ai réuni toutes les lettres alphabétiques qui forment cette écriture. J’ai donc accordé à chaque lettre ses dimensions et ses mesures qui s’appliquent aux normes universelles. Comme vous voyez dans ces tableaux que j’ai ramenés à cette exposition. En tamazight, cela s’appelle «Azriri n tmazight» mot à mot en français : la calligraphie tamazight. Actuellement je prépare un livre qui réunira toutes mes investigations effectuées lors de mes recherches sur cet alphabet et ce, depuis 1983.
Un livre sur la calligraphie berbère donc. Pouvez- vous nous en dire plus ?

Oui, effectivement je suis en train de préparer un ouvrage en tifinagh, et sur l’art calligraphique en tifinagh. C’est un livre d’initiation à la calligraphie berbère. Vous trouverez dans cet ouvrage des choses très importantes qui permettent d’apprendre l’écriture tifinagh et la langue tamazight, de découvrir et apprendre la calligraphie berbère en même temps. Comme vous savez, la calligraphie est l’esthétique de la lettre et c’est l’art d’écrire. Je suis en train de chercher des designes afin de créer une maquette qui prend en considération l’esthétique de cet art. Ce livre sera destiné aux étudiants en beaux-arts et tous ceux qui veulent découvrir l’art de la calligraphie berbère.





Peut–on dire qu’il s’agit là d’une première dans la vie de la culture et l’identité berbères, un livre écrit en tifinagh sur la calligraphie berbère réalisé par le premier calligraphe berbère. ?

Effectivement je suis le premier qui écrit un livre sur la calligraphie berbère. Par ailleurs je ne peux pas prétendre que je suis le seul calligraphe qui s’exprime en tifinagh.  J’ignore s’il existe d’autres calligraphes qui travaillent avec les caractères du tifinagh ici ou ailleurs. D’après ce que j’ai constaté dans mes recherches, j’ai croisé un calligraphe au Maroc, mais on ne fait pas le même travail. Le public qui s’intéresse à mes oeuvres m’a confié : «On n’a jamais vu cette écriture…» Je me souviens que  lors d’une rencontre des écoles de la calligraphie, on a tenté de convoquer  un calligraphe spécialisé en tifinagh, le seul qu’ils ont pu contacter, c’est le Marocain dont je vous ai parlé et lui-même m’a contacté afin de me mettre en contact avec les organisateurs de cette rencontre.


Quel écho donnez-vous à votre écriture calligraphique aux gens qui viennent voir vos travaux ?

J’ai fait beaucoup d’expositions dans plusieurs coins du pays et dans différents pays du monde. Au premier contact de mes oeuvres, le public apprécie et trouve que c’est tout à fait novateur. Un art différent qui fait partie de la calligraphie, mais ce n’est pas ce qu’il a vu dans les autres galeries et expositions sur la calligraphie. C’est ce que je viens de confirmer lors de ma dernière exposition à l’occasion de la célébration de Yennayer organisé par le HCA à Bordj Bou-Arréridj en collaboration avec le wali et la direction culturelle de cette wilaya. Les gens se sont intéressés et ont même posé des questions et le nombre de visiteurs était important et ce, tout au long des trois jours de l’exposition. Je retiens d’un visiteur et admirateur cette phrase lors de cette rencontre : «Vous avez donné un très beau visage calligraphique à l’alphabet du tifinagh... » et du coup on comprend que les gens ont beaucoup aimé.





Lors de votre dernière exposition, vous avez exposé plusieurs tableaux de calligraphie berbère et ce, dans différentes mesures. Pouvez-vous nous parler de l’intérêt du contenu de vos tableaux ?

Vous pouvez remarquer, soit des lettres, des mots ou des phrases entières avec diverses dimensions. Ce sont des phrases qui sont inspirées de notre culture : des proverbes, des poèmes en tamazight conçus d’une façon esthétique et artistique.Des expositions en Algérie et un peu partout dans le monde. A quoi donc est lié un tel succès pour une écriture presque aux oubliettes ? Depuis que j’ai eu mon diplôme à l’Ecole des Beaux-Arts, j’ai travaillé comme enseignant, ensuite j’ai été encadreur dans plusieurs ateliers de formation, plusieurs rencontres culturelles à l’échelle nationale et internationale. Mais la clef de ma réussite s’explique par mon exposition en France en 2003 dans le cadre de l’année de l’Algérie en France. A cette occasion, les Français, les Européens et les visiteurs de toutes nationalités confondues ont découvert pour la première fois dans leur vie la calligraphie berbère. Je me suis senti très fier des exploits réalisés à cette occasion.


Pourquoi cette forme d’écriture calligraphique accuse-t-elle un tel retard ?

Je ne peux pas entrer dans les détails, car c’est très compliqué. Cela remontre à très loin dans l’histoire de l’l’Afrique du Nord qui a connu beaucoup de civilisations qui sont passées par là. A part les transcriptions rupestres au Tassili, nos ancêtres n’avaient pas sur quoi transcrire. Mais ce que j’ai trouvé comme caractère, je l’ai gardé et je l’ai développé artistiquement avec ma plume, chaque lettre je lui ai donné ses mesures avec la pointe de kaleme (la plume).


Vous concrétisez aujourd’hui enfin votre projet. Parlez-nous de vos premiers pas dans cette aventure ?

J’ai commencé par la lettre A l’alphabet tifinagh. Ensuite j’ai composé des mots jusqu’au jour où j’ai fait mon premier tableau, qui a été exposé à l’Ecole des Beaux-Arts d’Azazga, de Batna. J’ai utilisé l’argile comme première matière pour donner l’aspect de la grotte au tableau. J’ai gravé la lettre de tifinagh sur cette argile, actuellement le tableau est chez moi. 



Propos recueillis par Aziz Sethi
Algérie News – 6 février 2009
http://www.djazairnews.info/
 





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email artiste : metmatis@yahoo.fr








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