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13/02/2017

Algérie : En soutien aux étudiants de l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger (texte inspiré d'un écrit de janvier 2014) par Mansour Abrous.


Nos institutions de formation artistique sont fragiles, la politique de formation est dépassée et les enjeux sont dans la définition et l’écriture d’une nouvelle politique de formation artistique. Il y a eu certes une situation de rattrapage quant au nombre d’institutions de formation créées, mais paradoxalement il y a moins d’étudiants et est émoussée l’attractivité de la formation artistique...
Editorial

Algérie : En soutien aux étudiants de l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger (texte inspiré d'un écrit de janvier 2014) par Mansour Abrous.

Le comité des étudiants de l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger : « Nous souhaitons commémorer cette date et cette action, par l’organisation d’un événement, dont le thème est « L’art et La liberté, 50 ans Après ». Parce que Nous sommes l’avenir de ce pays, Et que nous avons envers nos pères, le devoir de préserver leur mémoire (…) par l’action, déterminée, engagée, convaincue de défendre cette Algérie que nous aimons tant (…) Il s’agit pour nous de saisir les opportunités d’une coopération plus poussée avec les autres écoles et universités d’Alger, au profit du progrès artistique et culturel » (« Commémoration de la Journée du 19 mai 1956 », 19 mai 2013).


Produire du sens, de la ressource humaine, de la compétence, de l’avenir. Nos institutions de formation artistique sont fragiles, la politique de formation est dépassée et les enjeux sont dans la définition et l’écriture d’une nouvelle politique de formation artistique. Il y a eu certes une situation de rattrapage quant au nombre d’institutions de formation créées, mais paradoxalement il y a moins d’étudiants et est émoussée l’attractivité de la formation artistique. Les établissements de formation artistique délivrent des diplômes qui ont peu de valeur professionnelle. Le dispositif national d’enseignement artistique risque aussi d’être fragilisé par l’émergence de nouvelles formations du secteur privé. Celles-ci procurent aux étudiants des diplômes reconnus à l’étranger et connaissant l’attractivité des jeunes diplômés pour l’Europe, nous nous retrouverions à gérer des générations de diplômés qui s’expatrieraient. Une perte sèche pour les ressources humaines du Pays, déjà faibles, désorganisées, mal utilisées.

En 2013, la grève des étudiants de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (ISMAS) est révélatrice du malaise au sein de ces institutions. Pour toute réponse pédagogique et administrative, le ministère de la Culture décide de geler, le 28 février 2013, l’activité pédagogique à l’Institut supérieur des métiers des arts de spectacle et de l’audiovisuel. Cela n’a pas échappé aux étudiants de l’École supérieure des Beaux-Arts d’Alger, qui déclenchent une grève, les 2-4 mars, en soutien aux étudiants de l’Institut supérieur des métiers des arts, du spectacle et de l’audiovisuel : « Les étudiants de notre école connaissent les difficultés auxquelles sont exposées les écoles de formation d’art et de la culture depuis plusieurs décennies, expriment leur solidarité avec ces étudiants et leur soutien indéfectible (…) (Ils souhaitent) l’amélioration de la qualité pédagogique de l’enseignement et l’amélioration des conditions de vie au niveau de la résidence universitaire de Zéralda ».

Les conflits affectent également le département de l’art de l’université de Mostaganem, les étudiants se mettent en grève pour les revendications suivantes : « la mention de faux intitulés de spécialités sur leurs diplômes, la non ouverture du doctorat depuis 1989, l’absence de matériel et de salles spécialisées pour les études, l’affiliation d’étudiants contre leur gré dans des spécialités et des modules qui demeurent sans professeurs » (29 janvier 2013).

Le 27 février 2013, le Groupe de Travail sur la Politique Culturelle en Algérie (GTPCA) délivre un message de soutien aux étudiants grévistes de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (ISMAS) : « Cette situation est le résultat d’une absence d’une politique culturelle qui définit les objectifs et les priorités. Par conséquent, reléguée au dernier plan, la formation aux métiers des arts et de la culture est devenue le dernier des soucis des autorités en charge de culture qui privilégient des « festivals sans vie ».

Le 7 mai 2013, au forum culturel du journal El Moudjahid, sûre de la politique culturelle qu’elle mène, la ministre de la Culture tient ces propos : « C’est d’abord des objectifs clairs à atteindre à l’issue desquels on met en place un ensemble d’encadrements juridiques, lois décrets, arrêtés, avec la création d’un ensemble d’établissements et d’institutions culturelles et un encadrement humain qui nécessite des budgets », se « vantant » du « droit du citoyen d’accéder à la culture, à savoir le droit d’accès à un smig culturel qui est un droit constitutionnel ».

En janvier 2014, l'école supérieure d'art du Nord-Pas de Calais Dunkerque-Tourcoing ouvre à Annaba, la première classe déconcentrée franco-algérienne d'enseignement artistique, en partenariat avec la Chambre de commerce et d'industrie d'Annaba, l'Université Badji Mokhtar d'Annaba et la Communauté urbaine de Dunkerque. Elle permet aux étudiants en art algériens de compléter leur formation par la préparation et l’obtention, sur le territoire algérien et sous le contrôle académique d’une école supérieure d’art française, du diplôme national d’arts plastiques français. Il est aussi prévu un certificat algéro-français « art communication et industrie », grâce à un complément de formation dispensé par la chambre de commerce et d’industrie d’Annaba. Cette convention a été signée, en plus de la partie française, par le maire d’Annaba et le directeur de la Culture de la Wilaya de Annaba, représentant du ministère de la Culture algérien.

Je pensais que nous n’avions qu’un seul enseignement, étatique, des arts en Algérie. Est-ce le début de la privatisation des enseignements qui prospère en Algérie ? Si oui, aux responsables du ministère de la Culture de nous donner leur point de vue. À ce rythme-là, nous aurons une formation artistique à deux vitesses, sur le plan financier et sur le plan de la reconnaissance des diplômes et des débouchés. Ces instituts privés de formation ou ces classes déconcentrées sont une grande menace pour la formation des futures ressources humaines nationales. Ils joueront le rôle « d’aspirateur » des compétences et déséquilibreront l’accès à la formation artistique. Le système de formation national se fissure inexorablement.

Mansour Abrous

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